Allocution de son Excellence Monsieur Denis Régis, représentant Permanent d’Haïti auprès des Nations Unies à l’occasion de la présentation du rapport du Secrétaire général des Nations Unies sur la Minustah

ALLOCUTION  DE  SON EXCELLENCE MONSIEUR DENIS REGIS AMBASSADEUR, REPRÉSENTANT PERMANENT D’HAITI  AUPRÈS DES NATIONS UNIES

A LA 7651e SÉANCE DU CONSEIL DE SÉCURITÉ

RAPPORT DU SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DES NATIONS UNIES SUR LA MINUSTAH (S/2016/225/08 MARS 2016)’’

New York, le 17 mars 2016

 

1- Je me réjouis de l’occasion qui m’est offerte une nouvelle fois de faire valoir la position du Gouvernement haïtien sur l’important Rapport que vient de présenter le Secrétaire général sur la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH), conformément à la Résolution 2243(2015) du 15 octobre 2015 du Conseil de sécurité.

2- Qu’il me soit d’abord permis d’exprimer au Conseil de sécurité la vive gratitude du Président de la République et du Gouvernement haïtien pour son engagement indéfectible depuis tantôt douze ans aux côtés du peuple haïtien dans le processus de consolidation de l’État de droit et de la démocratie en Haïti.

3- Le Gouvernement haïtien tient à féliciter également le Secrétaire général des Nations Unies, Monsieur BAN Ki-Moon, pour la qualité de son rapport au Conseil de sécurité. Ce document témoigne, s’il en était encore besoin, du leadership dont il a constamment fait preuve pour assurer la réussite du mandat de la MINUSTAH. Avec le souci de l’équilibre et de l’objectivité qu’on lui connait, il analyse en profondeur les différentes dimensions de la crise haïtienne découlant de l’interruption en janvier 2016 du processus électoral, les difficultés d’ordre institutionnel, les obstacles structurels et conjoncturels auxquels le pays est confronté à ce tournant critique, et fait part de ses préoccupations concernant les défis nombreux qui se posent, en matière de sécurité, de droits de l’homme ou sur le plan humanitaire. Il se penche, également sur les avancées réalisées, tout en soulignant le chemin qui reste à parcourir en vue de parachever le cycle électoral en cours, qui, tout le monde le sait, revêt une importance cruciale pour la stabilité à long terme du pays.

4- Le Gouvernement a pris bonne note des observations du Secrétaire général. Le retour à l’ordre constitutionnel le 07 février 2017, telle est en effet l’ardente obligation qui incombe aux autorités haïtiennes. Le Président de la République en a fait l’axe essentiel de son action à la tête de l’État. Comme il l’a souligné à maintes reprises, notamment le 23 septembre 2016 à la tribune de l’Assemblée générale des Nations Unies, il n’a d’autre mandat que celui dont il a été investi par l’Assemblée nationale aux termes de l’Accord du 05 février 2016, à savoir le parachèvement et la conclusion du processus électoral. Fort de cette responsabilité historique, il met tout en œuvre pour instaurer les conditions propices à l’organisation par le Conseil électoral provisoire (CEP) d’élections présidentielles et législatives libres, inclusives et honnêtes, permettant le renouvellement et la normalisation de nos institutions démocratiques.

5- Les résultats obtenus à ce jour sont probants : le Conseil électoral a pris sa vitesse de croisière. Le processus électoral va bon train et ce, en dépit des aléas d’une conjoncture économique et financière des plus difficiles, marquée entre autres par le gel ou la réduction de l’aide au développement. Sur un budget total estimé à 55 millions de dollars, le Gouvernement a déjà décaissé une première tranche de 25 millions de dollars devant permettre au CEP de réaliser le premier tour des joutes électorales. La campagne a été lancée le 23 août. La refonte de la machine électorale, rendue plus fiable conformément aux recommandations de la Commission indépendante de vérification électorale, garantit la tenue d’un scrutin honnête et transparent. Le premier tour des prochaines élections était prévu le 09 octobre 2016.

6- Ces élections à venir représentent un passage obligé. Elles seules permettront de dissiper « l’incertitude politique persistante » dont fait état le Rapport, de surmonter la crise institutionnelle et de s’attaquer enfin aux carences structurelles qui entravent l’entreprise de modernisation économique et sociale du pays et sont autant d’obstacles au plein épanouissement des droits de l’homme.

7- Le Gouvernment est reconnaissant au Secrétaire général d’avoir salué dans son rapport les « signaux prometteurs » qui se reflètent dans « l’engagement des autorités haïtiennes d’assumer une meilleure prise en charge de toutes les facettes du processus électoral en cours, y compris les volets financier et opérationnel ».

8- De même, il lui sait particulièrement gré de l’appel à une collaboration constructive lancé à tous nos partenaires internationaux de coopération pour qu’ils envisagent l’octroi de « contributions additionnelles visant à renforcer les capacités du Conseil électoral à gérer les aspects logistiques du processus électoral ».

9- Enfin, le Gouvernement s’associe pleinement à l’invitation qui leur est lancée de « redéployer des missions d’observation électorale et des missions d’experts … afin de diversifier les paliers d’examen approfondi et de favoriser la confiance dans le processus électoral ».

10- Sur le plan de la sécurité, le Gouvernement considère que, dans le contexte actuel, le soutien de la MINUSTAH à la Police nationale d’Haïti en vue de renforcer le climat de sécurité indispensable à la réussite du processus électoral demeure un élément crucial. Voilà pourquoi il prend note avec le meilleur intérêt de la recommandation faite par le Secrétaire général de « proroger le mandat de la MINUSTAH pour une période additionnelle de six mois, soit jusqu’au 15 avril 2017 ».

11- En ce qui a trait à une présence à plus long terme de la MINUSTAH, le Gouvernement est favorable à l’envoi, après les élections, de la mission d’évaluation stratégique, dont le principe a déjà été convenu. Il est bien entendu qu’il appartiendra au prochain gouvernement sorti des urnes de définir conjointement avec les membres du Conseil de sécurité les termes de référence de la future Mission ainsi que les contours de la nouvelle configuration. Quoiqu’il en soit, nous croyons utile de rappeler la position de principe du Gouvernement sur le plan de transition en cours de la MINUSTAH ainsi que sur le profil de la mission future, lesquels doivent tenir pleinement compte de l’évolution de la situation sur le terrain. Le bon déroulement des prochaines élections devrait constituer à cet égard un indicateur clé pour ce qui est des perspectives de la stabilisation et des besoins à moyen terme et à long terme en matière de sécurité.

12- L’essentiel est de s’assurer de la durabilité des acquis de ces douze années de présence de la MINUSTAH et de permettre aux institutions haïtiennes, notamment la Police nationale d’Haïti, de prendre graduellement et efficacement le relais des fonctions assumées jusque-là par la Mission.

13- Dans l’immédiat, et en lien avec le processus électoral en cours, nous appuyons les démarches du Département des opérations de paix auprès des pays contributeurs pour combler le déficit actuel de 250 policiers et atteindre le niveau autorisé de 951 membres.

Monsieur le Président,

14- Le Rapport du Secrétaire général met en relief un certain nombre d’autres défis et fait état de ses préoccupations au sujet notamment de la détérioration de la situation sociale, économique et humanitaire. Il y a lieu de souligner que la diminution récente des flux d’aide publique au développement et le gel de divers programmes de coopération ont contribué à réduire de façon significative les investissements publics dans les infrastructures essentielles tout en limitant la capacité d’intervention des Nations Unies au titre de l’aide humanitaire auprès des groupes les plus vulnérables d’Haïti.

15- De surcroit, la recrudescence de l’épidémie de choléra est venue s’ajouter à une situation sanitaire déjà profondément préoccupante. A cet égard, tout en exprimant le souhait que soient engagés au plus tôt de nouveaux pourparlers au plus haut niveau entre Haïti et l’ONU sur la problématique de l’épidémie, le Gouvernement tient à saluer « l’intensification des efforts » que déploie le Secrétaire général en vue de mettre en place un programme d’action plus substantiel destiné à offrir « une aide et un soutien matériels aux Haïtiens directement touchés par le choléra, notamment aux victimes de la maladie et à leurs familles ». Le Gouvernement note aussi avec le plus haut intérêt l’appel urgent du Secrétaire général aux « États membres pour qu’ils manifestent leur solidarité à l’égard du peuple haïtien en augmentant leurs contributions afin d’éradiquer le choléra et de fournir une aide aux victimes ».

16- Dans cet ordre d’idées, je m’en voudrais de ne pas souligner la nouvelle approche adoptée récemment par l’Organisation des Nations Unies à l’égard de l’épidémie de choléra qui sévit depuis 2010 en Haïti. Dans une attitude qui ne manque pas de noblesse et qui lui fait honneur, le Secrétaire général des Nations Unies, s’appuyant sur les conclusions d’enquêtes irréfutables, a officiellement reconnu que l’ONU avait une « responsabilité morale envers les victimes de l’épidémie de choléra » et que, par conséquent, « compte tenu du rôle qu’elle avait elle-même joué dans le déclenchement de l’épidémie et les souffrances des victimes », il incombait à l’Organisation de « faire bien davantage » et de tout mettre en œuvre pour aider Haïti à la surmonter.

17- Nous saluons cette nouvelle attitude courageuse, qui fait écho à la souffrance des victimes, et qui, par-dessus-tout, envoie un message clair à la communauté internationale quant à la nécessité de passer de la parole aux actes afin d’aider Haïti à faire face à une situation humanitaire qui vient de s’aggraver de façon particulièrement alarmante par suite du passage de l’ouragan Matthew.

18- Plus qu’un impératif moral, il s’agit pour les Nations Unies d’un devoir de solidarité internationale qui exige un effort beaucoup plus substantiel que ceux consentis jusque-là pour intensifier sensiblement la lutte contre le choléra, en ralentir la progression et, à terme, y mettre fin, en aidant l’État haïtien à se doter des infrastructures nécessaires pour remédier aux problèmes structurels liés à l’approvisionnement en eau potable, à l’assainissement et aux soins de santé en Haïti.

19- Nous souhaitons que la « nouvelle approche » en deux volets préconisée par le Secrétaire général donne lieu à un programme d’action ambitieux, qui soit enfin à la hauteur des enjeux et que le peuple haïtien ne cesse depuis longtemps d’appeler de tous ses vœux.

20- Dans le même esprit, nous saluons l’élan de solidarité internationale qui se manifeste à l’égard des populations sinistrées d’Haïti à la suite de l’ouragan de la semaine dernière qui, comme vous le savez, a induit des dégâts d’une ampleur incommensurable dans différentes régions du pays notamment dans le Sud, et qui, vous le comprendrez aisément, ont occasionné le report à une date ultérieure, des élections générales fixées initialement au 9 octobre 2016.

21- Le Gouvernement de la République d’Haïti est profondément reconnaissant à tous les pays amis, à tous les partenaires de coopération et à toutes les ONG, qui s’engagent spontanément et généreusement aux côtés du peuple haïtien confronté à une situation qui frise la tragédie dans certaines régions touchées.

22- Afin d’éviter les phénomènes de fragmentation abusive et d’inefficacité de l’aide – dont malheureusement le pays a trop fait l’expérience par le passé – le Gouvernement souhaite ardemment que les actions de la solidarité internationale et les interventions des donateurs se conjuguent harmonieusement à celles des acteurs locaux et soient canalisées adéquatement dans le cadre des mécanismes existants de coordination de la coopération externe qui d’ailleurs ont déjà fait leurs preuves.

Monsieur le Président,

23- Le pays se trouve à un tournant décisif. Les prochaines élections auront une valeur de test pour la consolidation de la culture démocratique, la stabilité à long terme du pays, sa modernisation économique et son développement. Le Gouvernement en est conscient et entend se montrer à la hauteur de l’enjeu et de sa mission. Il est prêt à consentir tous les sacrifices et à assumer jusqu’au bout ses obligations, malgré l’extrême précarité des moyens disponibles. Il en appelle à la coopération de tous les partenaires d’Haïti – notamment sur le plan logistique, financier et opérationnel – pour permettre au Conseil électoral de mener à bien le processus électoral selon le calendrier fixé et de s’acquitter avec efficience et efficacité de la mission impérieuse qui est la sienne dans cette « conjoncture délicate ».

24- A tous ses partenaires de la communauté internationale, le Gouvernement haïtien renouvelle l’assurance qu’il ne ménagera aucun effort pour garantir le succès des prochaines élections, gage d’une transition politique pacifique et du retour à un ordre constitutionnel fonctionnel, condition d’une stabilité politique durable.

Je vous remercie.

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