Intervention President MARTELLY (Haiti Partners) 69e

Monsieur le Premier Ministre, Mesdames, Messieurs,

C’est pour moi un réel plaisir de participer, pour la première fois, à New York, à une rencontre des partenaires d’Haïti, qui constitue une instance privilégiée de dialogue, d’échanges et de concertation entre Haïti et ses partenaires de coopération. Je me réjouis de l’occasion qui m’est offerte aujourd’hui de faire le point avec vous, dans un esprit d’amitié et de confiance réciproque, sur les questions d’intérêt commun touchant le partenariat fécond qui existe si heureusement entre nous.

Je voudrais, tout d’abord, saluer les hauts représentants des pays amis, des institutions internationales, des organisations non gouvernementales ici représentés, dont l’engagement aux côtés du peuple haïtien ne s’est jamais démenti au fil des années. Qu’il me soit permis de saluer, en particulier, la présence parmi nous de l’Envoyée spécialée de l’UNESCO, Madame Michaëlle Jean.

Le peuple et le Gouvernement haïtiens sont profondément reconnaissants envers la communauté internationale de sa solidarité et du soutien qu’elle n’a cessé de lui témoigner, en particulier à ce tournant décisive de notre histoire où Haïti se doit de relever un triple défi: la reconstruction post-séisme; la consolidation de la démocratie et de l’État de droit; l’élimination de la pauvreté extrême, la création d’emplois et l’insturation des conditions d’une accélération de la croissance à long terme.

Depuis mon accession à la présidence, je me suis résolument attelé à la tâche, guidé par le souci primordial de la consolidation de l’État de droit sans lequel aucune modernisation véritable du pays n’est possible. C’est pourquoi, j’ai attaché la plus haute importance au renforcement de nos institutions clés, à la promotion de l’éducation pour tous, socle irremplaçable du développement économique et social. Les progrès accomplis par le Gouvernement à ce sujet sont aujourd’hui unanimement reconnus. Les acquis démocratiques du peuple haïtien ont été consolidés. Les droits humains fondamentaux sont garantis et mieux protégés. Grâce à la stabilité retrouvée aux réformes mises en oeuvre qui stimulent l’esprit d’entreprise et au regain du dynamisme que connaît le milieu des affaires, de nouvelles perspectives de croissance et de développement s’offrent désormais au pays.

Le Premier Ministre vous présentera bientôt un panorama détaillé de l’action déterminée enterprise par le Gouvernement ces trois dernières années avec l’appui de la communauté internationale. Je me contenterai de mettre brièvement en relief quelques-unes de ces réalisations et de ces résultats.

Sur le plan de la sécurité, le renforcement continu des capacités de la Police nationale haïtienne et l’amélioration de sa performance et de son professionnalisme ont indiscutablement contribute à l’établissement d’un environnement plus sûrs et plus stable en Haïti. Le Secrétaire général des Nations Unies l’a d’ailleurs récemment souligné dans son rapport au Conseil de sécurité, mettant l’accent sur les “progrès significatifs” accomplis et la “relative stabilité” de notre environnement de sécurité. Il suffit de citer, à titre d’exemple, la diminution sensible de la violence et des cas d’enlèvement qui ont, pendant longtemps, défrayé l’actualité. De même, le net regain des investissements privés étrangers observe ces dernières années est un signe indéniable de l’amélioration de la situation sur le plan de la sécurité.

Certes, et nous sommes les premiers à le reconnaître, la situation est encore loin d’être parfaite. C’est pourquoi, à l’heure où s’amorce le désengagement progressif de la MINUSTAH, nous considérons qu’il est impérieux de poursuivre et d’accélérer le renforcement des forces de sécurité publique nationale qui devront prendre la relève le moment venu, afin qu’elles puissent répondre adéquatement aux menaces potentielles, internes et externes, à la sécurité.

Sur le plan institutionnel, Haïti aborde un cycle électoral important, qui comprend des élections au niveau du Parlement, des municipalités et des collectivités territoriales en 2014 et qui culminera avec les élections présidentielles à la fin de 2015.

Cependant, il subsiste encore des écueils. Un Conseil électoral équilibré, representatif, a été constitué à la suite de l’Accord d’El Rancho du 19 mars en vue de l’organisation de ces élections, honnêtes, crédibles et inclusives qu’attend impatiemment le peuple haïtien. Mais, comme vous le savez sans doute, par suite des manoeuvres obstructionnistes d’une poignée de parlementaires, la Loi électorale devant régir l’organisation des prochaines élections n’a pu être adoptée jusqu’à présent. Par consequent, la date du 25 octobre chosie initialement par le Conseil électoral provisoire la tenue du premier tour de scrutin a dû être différée.

Conscient de la gravité des enjeux et des préoccupations que cette situation est de nature à susciter chez nos partenaires internationaux, je n’ai ménagé et je ne ménagerai aucun effort pour forger le consensus nécessaire à la tenue du scrutin cet automne.

Nous sommes certains que tous nos partenaires appuieront nos démarches en vue de la réussite du Dialogue en cours, qui vise à permettre au peuple haïtien d’exercer démocratiquement ses droits politiques, dans le cadre d’élections qui ont été trop longtemps différées.

Sur le plan économique, l’horizon s’est dégagé. Les finances publiques ont été assainies. Les dépenses publiques sont maîtrisées. Un nouveau cadre d’investissement a été mis en place. Haïti est de nouveau ouverte aux affaires. Nous avons, avec l’aide des bailleurs de fonds, entrepris l’aménagement, la reconstruction ou la rénovation d’infrastructures publiques qui font tant besoin et dont l’inadéquation handicape lourdement la capacité de l’État d’assurer la prestation de certains services essentiels. Dans la série des résultats enregistrés, et dont il y a lieu d’être fiers, comment ne pas souligner celui-ci: le taux de croissance du PIB frôle les 4% pour l’année financière 2013-2014. En clair, après des décennies de stagnation, voire de recul, Haïti a enfin retrouvé le chemin de la croissance. Cette nouvelle dynamique de croissance, résultant de l’essor des invistissements, nationaux et étrangers, ouvre de nouvelles perspectives de développement et permet raisonnablement d’espérer que les prochaines années verront Haïti s’engager véritablement dans la voie du décollage économique.

Sur le plan social, nombreuses sont les avancées enregistrées au regard des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD). J’ai fait de l’accès universel à l’éducation une priorité absolue et un axe stratégique de l’action gouvernementale, convaincu que l’éducation, en plus d’être un droit fondamental et universel, représente un puissant outil de transformation de la vie des individus et de l’économie. Près d’un million d’enfants ont pu fréquenter l’école en 2011, soit un taux de scolarisation de 88%, et ce, grâce au programme de scolarisation universelle, gratuite et obligatoire mis en place par le Gouvernement. Selon le Rapport 2013 établi en collaboration avec le PNUD, Haïti a attaint, trois avant l’échéance, la cible de réduction de l’insuffisance pondérale chez les enfants de moins de cinq ans, établie au titre des OMD. De même, grâce à des programmes novateurs, comme “EDEPEP”, destinés à venir en aide aux groupes les plus démunis et les plus vulnérables et à combattre l’exclusion sociale, des progrès notables ont été realisés dans les domaines de la réduction de l’extrême pauvreté, de l’accès à l’eau potable, de la baisse du taux de mortalité infantile.

Par ailleurs, les programmes de reconstruction post-séisme vont de l’avant. Des 1.5 millions de déplacés moins de 70.000 n’ont pas été réinstallées. Nous avons remporté quelque succès dans dans la lute contre le VIH/sida. Et nous sommes sur la bonne voie en ce qui a trait au combat pour endiguer l’épidémie de choléra. A cet égard, nous souhaitons que soit suivi rapidement d’effets l’appel à une solidarité accrue avec le peuple haïtien lancé récemment par le Secrétaire général des Nations Unies, face à ce qu’il considère comme une “responsabilité morale” de la communauté internationale et de l’ONU dans la lute que mène Haïti pour éradiquer le choléra.

Mesdames, Messieurs,

Haïti se trouve indéniablement aujourd’hui à la croisée des chemins, sur les plans politique et économique, sur le plan de la démocratie et sur celui de la reconstruction.

Il convient de féliciter des résultats obtenus et d’en remercier chaleureusement nos partenaires, qui ne nous ont point marchandé leur concours. Toutefois, nous ne devons pas perdre de vue que ces résultats, aussi significatifs soient-ils, demeurent très largement insuffisants au regard de l’ampleur des besoins, des urgences et des défis auxquels le peuple haïtien est confronté.

Violà pourquoi nous devons, les uns et les autres, redoubler d’efforts pour maintenir le cap de la croissance, consolider la stabilité retrouvée et les institutions démocratiques, poursuivre avec plus de vigueur le combat en vue de l’élimination de l’extrême pauvreté.

Le renforcement de l’aide de la communauté internationale n’a jamais été aussi crucial. A ce “tournant critique”, pour emprunter les termes du Secrétaire général des Nations Unies dans son récent rapport, Haïti a besoin d’un nouvel et puissant élan de solidarité de la part de tous ses partenaires. C’est pourquoi je lance un pressant appel à tous nos partenaires ici présents pour que, dans la concertation, ils puissant fournir à Haïti une aide innovante, multidimensionnelle, encore plus efficace, qui ne se circonscrit pas exclusivement aux ressources de l’assistance financière et technique, mais englobe aussi des leviers aussi indispensables que la promotion des investissements étrangers, le développement des échanges commerciaux, les transferts de technologie, entre autres.

Quatre ans après le séisme dévastateur de 2010, la tâche à accomplir demeure gigantesque. Mais l’objectif n’est pas hors d’atteinte. Nous pouvons, ensemble, dans une solidarité bien articulée, relever le défi. Je demeure persuadé que grâce à la conjugaison intelligente des efforts du Gouvernement, du secteur privé, des organisations de la société civile, des organisations gouvernementales, secondés par l’action concertée et résolue des partenaires, le rêve de voir Haïti se hisser de son statut de “PMA” à celui de “pays émergent” à l’horizon 2030 peut devenir réalité.

Le peuple et le Gouvernement haïtiens, pour leur part, regardent résolument vers l’avenir avec optimisme.

Je vous remercie.

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